Toulouse Téoula en avance sur l'éco-durable

 

Grâce à une politique menée continument depuis une quinzaine d’année, ce golf de la région toulousaine a été le premier en France à recevoir un écolabel.

Malheureusement pour les golfeurs de Téoula, Serge Boutes n’a plus le temps de jouer. Quiconque l’a entendu parler de sa passion ne peut que regretter de ne pouvoir partager une partie avec lui, sur “son” terrain. Le terrain de Serge Boutes s’étend très au-delà des 18 trous familiers aux golfeurs intéressés prioritairement par les fairways et les greens : il est intarissable dès qu’il s’agit de biodiversité, de faune, de flore ou de recherche scientifique relative à ces sujets.

Greenkeeper de formation – il a officié sur deux autres golfs avant d’arriver à Téoula en 1994 – Serge Boutes ne cache pas sa passion pour l’écologie et son bonheur de pouvoir la mettre en pratique. Bien que, pour lui, un parcours comprend au moins autant de surface hors-jeu que de zones de jeu, il ne perd pas de vue que la priorité, sur un golf, est guidée par l’intérêt premiers des joueurs, à savoir les tees, les fairways et les greens. Cela n’a pas empêché le golf de Téoula d’être le premier en France à être labellisé écodurable.

Au fil des années, notre greenkeeper a donc mené son œuvre avec l’aide de nombreux spécialistes et chercheurs qu’il n’hésite pas à consulter et pousse à se mettre à l’action.

« L’idée était de créer une dynamique environnementale, notamment par rapport à la mauvaise image renvoyée par les golfs, mais il fallait qu’un organisme indépendant reconnaisse cette valorisation, explique Serge Boutes. Avec d’autres greenkeepers du groupe NGF (Nouveaux Golfs de France), nous avons établi un référentiel écodurable que nous avons fait valider par un comité d’experts.

Ce référentiel ne nous appartient plus, il est aujourd’hui la propriété de l’organisme de contrôle et de certification Ecocert qui le commerciale en France et aussi à l’étranger. »

L’obtention de ce label n’est évidemment pas une fin en soi. La démarche de Serge Boutes se veut évolutive. Les exigences sont revues à la hausse chaque année, à l’analyse des études très complètes qui sont menées sur l’eau, les sols, la faune et la flore, et en tirant profit des expériences menées sur d’autres golfs. Son but est de progresser continuellement même si aujourd’hui l’existence d’un golf 100 % “bio” est hors de portée si l’on veut en tous cas avoir un parcours de bonne qualité golfique, surtout en ce qui concerne les greens. Mais la passion et l’esprit d’initiative de Serge Boutes font des merveilles.

Par exemple, cette énorme tortue verte qui se promène tranquillement sur le practice est la preuve vivante de la biodiversité qui règne à Téoula, en tous cas aux yeux de votre serviteur. Ce n’est pas tout à fait le cas. Renseignement pris, il s’agit d’une tondeuse ! Mais pas de n’importe quelle tondeuse : électrique et guidée par GPS, elle est le fruit de la mise en relation par Serge Boutes – qui l’a baptisée “bathmobile” – d’une entreprise belge qui fabrique des tondeuses et d’une firme toulousaine spécialisée en robotique. Ce prototype parviendra sous peu à l’âge adulte, lorsqu’il sera alimenté en énergie solaire…

La gestion des gazons de greens est bien sûr celle qui pose le plus de problèmes en raison des exigences “sportives” et des “agressions” auxquelles ces zones de jeu sont soumises. La principale question qui se pose est celle des produits phytosanitaires. Il existe bien des produits homologués mais ceux-ci reviennent trop cher à fabriquer pour les firmes, selon Serge Boutes, et ces dernières n’en produisent pas.

C’est là qu’intervient la débrouillardise du greenkeeper : il utilise un filtre qui permet de purifier l’eau destinée à l’arrosage des greens et cela induit du coup une réduction de 50% des besoins en produits phytosanitaires. Mais ce n’est pas tout. Depuis quelque temps, Serge Boutes met à l’essai l’utilisation de trichoderma, “des champignons antagonistes” avec les parasites qui abiment les greens.

« Sur les greens où j’ai i

nséré ces champignons, j’ai encore réduit de 60 % les produits phytosanitaires. C’est très encourageant ! », s’exclame-t-il.

Sur d’autres points sensibles, comme l’eau et les engrais, les résultats acquis sont extrêmement positifs. Depuis 2005, la consommation est passée de 90 000 m3 à 50 000 m3 notamment parce que seuls 10 hectares de la surface totale (60 hectares) est arrosée. Mieux encore, la qualité de l’eau des 8 hectares de bassins sur le site est excellente : les taux de nitrates que l’on y trouve sont 10 fois inférieurs à ceux des bassins avoisinants, et la population piscicole, étudiée de très près en collaboration avec le CNRS et la Fédération de pêche, jouit d’un très bel équilibre. Il faut préciser que les quelques engrais utilisés, de nature organique ou minérale, sont très peu polluants.

Serge Boutes porte une attention particulière aux zones généralement délaissées. « Les forêts, prairies, maquis ou étangs d’eau représentent pourtant une réelle valeur environnementale, insiste-t-il. Pour peu que l’on proscrive les désherbants, certaines espèces qui voient leur espace se rétrécir avec les vastes zones agricoles peuvent trouver refuge sur un golf. C’est ici le cas pour une libellule et certaines orchidées. Et nous semons aussi des plantes messicoles, comme des coquelicots ou des bleuets. Les golfs peuvent donc servir de mini-conservatoires et de milieu d’études. »

Alors que le greenkeeper précise que l’Ecole supérieure d’agronomie de Toulouse est elle aussi partie prenante dans la démarche biologique de Téoula et qu’il insiste sur la nécessaire formation des personnels qui travaillent sur les golfs, un drôle d’animal vient à sautiller sur la terrasse du club house, nouvelle preuve de la grande biodiversité du site. Cette fois-ci, l’on ne s’était pas trompé : il ne s’agit pas d’un ramasse-miettes téléguidé mais bien d’un splendide écureuil du plus beau roux.  Tout ne va cependant pas sans mal.

« La grande difficulté, regrette Serge Boutes, est de convaincre les chercheurs scientifiques de se pencher sur les problèmes spécifiques des golfs qui ne représentent qu’une infime partie des espaces verts ou agricoles. » Pour le reste, des progrès notoires devraient survenir quant aux machines utilisées qui devraient devenir progressivement électriques. Et si une gestion écodurable d’un golf suppose « une ligne budgétaire supplémentaire », l’intendant du parcours de Téoula est persuadé que ces « investissements devraient s’amortir assez rapidement ».

Entier, cependant, reste le problème des sangliers. Serge Boutes vient d’apprendre que la veille au soir, une meute a célébré des fêtes dionysiaques sur le 17, à retombée de drive. Les ravages sont évidemment considérables. Pour l’heure, la seule solution consiste à faire des sorties nocturnes, muni de cornes de brume pour effrayer ces autres preuves vivantes de la biodiversité.  Les efforts de Serge Boutes lui ont valu une récompense inattendue : son parcours a reçu une certification supplémentaire, celle que seules les abeilles sont en mesure de délivrer, par leur simple présence, elles qui « sont les premières sentinelles » de l’état de santé de la nature. Elles se sont donc installées sur le parcours – raisonnables, elles l’ont fait à l’écart de la zone de jeu – et du coup le greenkeeper s’est découvert une nouvelle passion pour l’apiculture. Il veille aujourd’hui sur une dizaine de rûches, avec notamment la participation de certains golfeurs.

Autre grande satisfaction pour notre précurseur, son golf reçoit régulièrement des visites encourageantes comme ce devrait être le cas en novembre avec des responsables de la Fédération portugaise de golf, de l’organisme international GEO (The Golf Environnement Organization : www.golfenvironment.org ) qui délivre des écolabels, et même d’un golf de Taïwan. Mais, et peut-être surtout, Serge Boutes constate l’intérêt grandissant des golfeurs pour les questions environnementales. « D’eux-mêmes, ils essaiment la bonne parole et permettent petit à petit une information du grand public. Ils contribuent ainsi à changer l’image des golfs. »

Article paru sur ffgolf.org.

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Une réponse à Toulouse Téoula en avance sur l'éco-durable

  1. Dluga dit :

    BRAVO , exemple à suivre

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